La Croix-en-Touraine dit stop aux géants américains
Commune de La Croix-en-Touraine
La ville de La Croix-en-Touraine a fait le choix de tourner le dos aux outils américains pour adopter une suite collaborative française et sécurisée et migrer progressivement vers Linux.

Contexte
Sensible et précurseur en matière de numérique, le Directeur Général des Services de la collectivité, Cyril Rebillard, démontre par ses choix qu'une commune de 2 500 habitants peut montrer l'exemple en matière de souveraineté numérique et de cybersécurité.
Résumé
Au sein de l'administration, qui compte une trentaine d'agents tous services confondus, la suite collaborative Hexagone est largement utilisée notamment pour le travail collaboratif, la gestion des e-mails, la collaboration entre agents et élu(e)s, ainsi que pour l'animation des différentes instances : conseils municipaux, commissions, etc.
"Changer de solution c'est comme quand on est enfant et qu'on se retrouve sur un plongeoir pour la première fois. Au début ça effraie mais au final on va juste tomber dans l'eau et ça ne va pas faire mal."
indique Cyril Rebillard, Directeur Général des Services
Témoignage de Cyril Rebillard, Directeur Général des Services de La Croix-en-Touraine
En France, l’état du marché numérique est connu : plus de 80 % des entreprises et administrations françaises collaborent sous pavillon américain. Pourquoi l’EPCI que vous représentez a-t-elle fait le choix d’une solution souveraine ?
En arrivant dans la collectivité, et bien avant que ce soit un sujet omniprésent dans le débat public ou que l'État sollicite les administrations, je voulais aller plus loin dans la souveraineté numérique. Ma première priorité, c'était la protection des données pour être en conformité vis-à-vis du RGPD.
Souvent, dans les petites collectivités, nous travaillons avec des prestataires qui ne protègent pas suffisamment nos données ; elles se trouvent alors dans des systèmes ouverts, toutes sur un seul et unique serveur en mairie, et en termes de sécurité, ce n'est pas optimal. Il nous fallait un haut niveau de cybersécurité, et ça, nos prestataires ne pouvaient pas nous le garantir et, en interne, nous n'avions pas de Direction des Systèmes d'Information.
Le premier choix qui a été validé par les élus, ça a été d'éclater les données pour qu'elles ne soient pas sur un seul et même serveur ni dans un seul logiciel, en passant notamment sur du SaaS. Pour nous, petite collectivité, l'objectif était d'être protégés par nos fournisseurs – comme Hexagone notamment – et de ne pas avoir seuls cette responsabilité.
Avant de faire le choix de la suite collaborative Hexagone, est-ce que d’autres solutions ont été consultées et, si oui, qu’est-ce qui a fait pencher la balance dans la décision finale ?
Pas spécialement, ça s'est fait par opportunité et je vais y revenir.
Les seules solutions collaboratives que j'utilisais, c'était les drives de Google et Microsoft mais, personnellement, je ne les trouvais pas si collaboratives que ça ; je les trouvais même assez verrouillées, pas si faciles en termes d'usages et pas très abouties en termes de système.
La solution développée par Interstis, je l'ai découverte à travers le Centre de Gestion (CDG) d'Indre-et-Loire, qui l'a mise à disposition des secrétaires de mairie. Dès le départ, j'ai identifié le potentiel de la solution – certes tout n'était pas parfait et je savais que j'allais sûrement essuyer quelques plâtres – mais quand j'ai compris que c'était une solution en pleine accélération et, de surcroît, française, j'ai voulu lui faire confiance.
Par crainte de perdre leurs habitudes, j'ai vu des collègues ne pas y aller, mais je pense que ce n'est pas un bon choix.
Après avoir découvert l'outil auprès du CDG, j'ai contacté les équipes d'Interstis pour en savoir davantage, et La Croix-en-Touraine est utilisatrice depuis le mois d'octobre 2025.
"Nous avons aujourd'hui, nous collectivités territoriales, les moyens de reprendre le contrôle de notre souveraineté numérique. Il n'y aucune raison de ne pas se lancer."
précise le Directeur Général des Services
Vous représentez donc la commune de la Croix-en-Touraine en tant que Directeur Général des Services. Combien d’agents composent la collectivité et le service informatique ? Quelles sont ses principales missions et comment la suite collaborative Hexagone y contribue-t-elle ?
On sait que les habitudes ont parfois la vie dure. Comment s’est déroulé le déploiement auprès des agents de la collectivité ?
Il est vrai que pour les agents, il a fallu opérer ce changement. Dans les collectivités, les agents sont souvent dans la démarche de réaliser une mission, quelle qu'elle soit, et de la faire valider. De nature, les agents publics ne sont pas de grands adeptes du travail collaboratif. Désormais, les agents ont assimilé que ladite mission peut être réalisée comme avant, avec l'avantage que les autres services peuvent la consulter en direct, faire des retours, modifier. Cela a vraiment changé notre façon de travailler.
Nos nouveaux élus – qui sont principalement des actifs du secteur privé – connaissent très bien le travail collaboratif et c'est assez surprenant de voir la rapidité avec laquelle ils se sont approprié l'outil. En seulement un mois, les demandes de création d'espaces ont afflué, notamment pour le partage documentaire et pour collaborer en direct durant des réunions (conseil municipal, commissions, etc.).
Les nouveaux élus se sont emparés du sujet avec une telle force qu'ils ont en quelque sorte contraint les agents à s'approprier l'outil et à s'y mettre.
Au-delà du travail collaboratif, nous sommes engagés dans une véritable stratégie de souveraineté numérique, puisque nous avons entamé la migration de nos équipements vers Linux.
"Le travail collaboratif et la relation entre agents et élu(e)s sont des impacts positifs suite au déploiement de la suite collaborative Hexagone."
indique le Directeur Général des Services
Dans ce type de projet, selon vous, les élu(e)s ont-ils un rôle à jouer ?
Personnellement, j'ai eu la chance d'avoir, lors de la précédente mandature, un élu qui était dans le même état d'esprit que moi. D'ailleurs, cet élu est aujourd'hui le maire. Quand on a discuté de ces sujets de souveraineté numérique et de protection des données, on avait le même discours et, à l'échelle de quelques années, on savait ce qui allait se passer si nous n'agissions pas.
Pour passer à l'acte, l'élu en question a dû imposer sa vision aux agents pour faire passer la pilule, disons. Sur les sujets de cybersécurité, certaines collectivités ont tendance à penser que, parce qu'elles sont petites, elles ne risquent rien. Et c'est justement l'inverse.
Dans ce type de projet, les élus ont un rôle important à jouer : celui de comprendre les enjeux et de connaître les responsabilités qui les engagent, notamment en matière de protection des données.
Je me souviens d'une importante coupure électrique dans la commune ; tout le monde était alors empêché de travailler. Cela peut sembler anodin comme ça, mais on a proposé aux élu(e)s et agents réfractaires au changement d'imaginer la situation suivante : dans un contexte géopolitique tendu comme celui que nous traversons, si les États-Unis décidaient de couper leurs services, ce serait comme une importante coupure électrique, mais beaucoup plus longue et contraignante.
Cela a permis de prendre conscience des enjeux actuels.
On entend souvent, de la part des décideurs (DSI, DGS, etc.), qu’il « n’existe pas d’alternatives ». Qu’est-ce que vous répondriez à cela ?
D'abord, je dirais qu'il faut du courage et je n'ai pas peur de dire que j'en ai eu.
En fait, changer de solution, je dirais que c'est comme quand on est enfant et qu'on se retrouve sur un plongeoir pour la première fois. Au début, ça effraie, mais au final, on va juste tomber dans l'eau située à 1 m sous nos pieds et ça ne va pas faire mal.
Quand j'entends un DGS me dire « Je ne peux pas lâcher mon Excel, ça va être trop complexe », c'est complètement faux. Les utilisateurs sont simplement ancrés dans leurs habitudes. Quand on est Directeur Général des Services, il faut prendre son bâton de pèlerin, accrocher sa chaîne et son boulet, jusqu'à briser cette chaîne et garder le bâton pour guider son équipe.
Disons-le, nous avons aujourd'hui, nous collectivités territoriales, les moyens de reprendre le contrôle de notre souveraineté numérique. Aujourd'hui, il n'y a aucune raison de ne pas se lancer.
Si vous deviez inciter d'autres collectivités territoriales à regarder du côté des solutions françaises, que diriez-vous ?
Honnêtement, je ne sais pas ce que je leur dirais, mais ce qui est sûr, c'est que quand j'en parle à mes collègues, ils sont convaincus et je suis persuadé qu'ils vont venir vous voir. Ce que je vante dans le produit, c'est notamment sa simplicité d'utilisation, sa souveraineté réelle et sa facilité d'administration, même quand on est novice en informatique.
Clairement, quand on prend le temps de comprendre, de se former un peu et de rassembler une équipe dynamique, on peut tout faire soi-même.
Par exemple, pour l'administration des boîtes mail, je peux tout faire seul. J'ai encore des collègues d'autres administrations qui doivent passer par leur prestataire et attendre plusieurs jours. Clairement, il n'est pas nécessaire de se compliquer la vie quand ça peut être simple.
"Ce que je vante dans le produit, c'est sa simplicité et sa souveraineté réelle."
précise le Directeur Général des Services